Être au cœur de l’école aujourd’hui : ce que le terrain nous oblige à regarder

Ces dernières semaines, j’ai été plus discrète sur les réseaux et sur mon blog.
Non par désengagement, ni par manque d’envie d’écrire, mais parce que le terrain m’a, une fois encore, happée.

J’ai repris pleinement du service dans les établissements scolaires, en collège et en lycée, comme professeure de français. Revenir au cœur de l’école, au plus près des élèves et des équipes, est toujours une expérience intense. Une expérience profondément humaine, mais aussi profondément révélatrice.

Être sur le terrain ne permet pas de rester dans l’abstrait.
Il oblige à voir.
À ressentir.
À ajuster son regard.

Et ce que j’observe aujourd’hui mérite d’être nommé.


L’école d’aujourd’hui : entre engagement remarquable et épuisement silencieux

Il est essentiel de le dire d’emblée : l’école tient encore grâce à l’engagement des femmes et des hommes qui la font vivre.

Dans les établissements que je traverse, je rencontre des enseignants investis, créatifs, consciencieux. Des équipes éducatives qui inventent, adaptent, bricolent parfois, mais continuent de croire en leur mission. Je vois des projets porteurs de sens, des initiatives courageuses, des adultes qui refusent de renoncer malgré la fatigue.

Mais derrière cet engagement admirable, une autre réalité s’impose.

Une réalité plus silencieuse, plus diffuse, mais bien réelle :
celle de la fatigue émotionnelle, de la surcharge mentale, de l’usure progressive.

L’école fonctionne, oui.
Mais souvent à flux tendu.


Ce que le terrain révèle quand on prend le temps de regarder

Être au cœur des établissements, ce n’est pas seulement enseigner une discipline.
C’est observer les regards, les silences, les corps.
C’est sentir l’ambiance d’une classe avant même de commencer le cours.

Et ce que je constate, jour après jour, c’est le mal-être de nombreux jeunes.

Pas toujours spectaculaire.
Pas toujours bruyant.
Mais bien présent.

Des élèves anxieux.
Des adolescents épuisés.
Des jeunes qui décrochent intérieurement bien avant de décrocher scolairement.

Et face à cela, des enseignants qui essaient de tenir, de comprendre, d’accompagner… souvent sans les outils ni le soutien nécessaires.


Le regard de la psychopédagogue : quand l’élève n’est plus disponible pour apprendre

En tant que psychopédagogue, je porte un regard particulier sur ce qui se joue dans les apprentissages.
Car apprendre n’est jamais un acte purement intellectuel.

Apprendre mobilise :

  • les émotions
  • la sécurité intérieure
  • l’estime de soi
  • la capacité à se concentrer
  • la disponibilité mentale

Or, une réalité s’impose avec force :
👉 certains enfants et adolescents ne sont tout simplement pas disponibles pour les apprentissages.

Non parce qu’ils ne veulent pas.
Non parce qu’ils ne peuvent pas.
Mais parce qu’ils sont submergés.

Submergés par :

  • des difficultés familiales
  • des angoisses profondes
  • une pression scolaire constante
  • un sentiment d’échec ou d’inadéquation
  • parfois des traumatismes invisibles

Quand l’esprit est occupé à survivre intérieurement, il n’est plus disponible pour apprendre.


On ne peut pas apprendre quand on va mal

Cette phrase peut sembler évidente.
Et pourtant, elle est encore trop peu intégrée dans nos pratiques et nos structures.

On demande à des jeunes :

  • de se concentrer
  • de mémoriser
  • de produire
  • de performer

sans toujours prendre en compte leur état émotionnel.

Or, le cerveau n’apprend pas dans l’insécurité.
Il n’apprend pas durablement dans l’anxiété.
Il n’apprend pas efficacement quand les émotions débordent.

Le bien-être émotionnel n’est pas un bonus.
C’est un prérequis aux apprentissages.


Enseigner autrement : une nécessité, mais pas une solution suffisante

À ma petite mesure, j’essaie d’agir là où je suis.
J’essaie de rendre mon enseignement plus humain, plus accrocheur, plus à l’écoute.
J’essaie de créer des espaces de confiance, de valoriser les efforts, de redonner du sens.

Mais il faut être honnête :
👉 cela ne suffit pas toujours.

Un enseignant, aussi engagé soit-il, ne peut pas :

  • réparer toutes les blessures
  • contenir toutes les émotions
  • porter seul la détresse de dizaines d’élèves

Et il ne le devrait pas.

La question n’est pas celle de la bonne volonté individuelle.
La question est collective et structurelle.


Pourquoi la présence de spécialistes dans les établissements est essentielle

La présence de professionnels de l’accompagnement au sein même des établissements scolaires pourrait transformer profondément le quotidien scolaire.

Psychopédagogues, spécialistes des émotions, de la régulation du stress, de la prévention…
Ces métiers existent.
Les compétences sont là.

Ce qui manque, ce n’est pas le savoir-faire.
C’est la reconnaissance institutionnelle et les moyens.

On évoque souvent la question du budget.
Mais parlons de ce qui est réellement en jeu.

👉 Il s’agit de santé mentale.
👉 Il s’agit de prévention.
👉 Il s’agit d’avenir.

Prévenir coûte toujours moins cher que réparer.
Humainement, économiquement, socialement.


Changer de paradigme : remettre l’humain au centre

L’école a longtemps été pensée comme un lieu de transmission de savoirs.
Elle est aussi, aujourd’hui plus que jamais, un lieu de vie.

Un lieu où se jouent :

  • des trajectoires
  • des identités
  • des fragilités
  • des reconstructions

Continuer à traiter les difficultés émotionnelles comme périphériques est une erreur.
Elles sont centrales.

On ne peut pas demander de la réussite scolaire sans sécurité intérieure.
On ne peut pas exiger de la performance sans soutien émotionnel.
On ne peut pas continuer à intervenir uniquement quand la situation est déjà critique.


Une école plus humaine est possible

Ce constat n’est pas une plainte.
Ce n’est pas un reproche adressé aux enseignants ou aux institutions.

C’est un état des lieux lucide.
Et surtout, une invitation à penser autrement.

Une école plus humaine est possible.
Une école qui :

  • prend en compte l’enfant dans sa globalité
  • considère le bien-être comme une condition de réussite
  • soutient les enseignants au lieu de les épuiser
  • investit dans la prévention plutôt que dans l’urgence

Continuer à faire sa part

À ma place, je continuerai à faire la mienne.
Dans les classes.
Dans mes accompagnements.
Dans mes écrits.

Mettre des mots sur ce que beaucoup vivent sans toujours pouvoir l’exprimer.
Porter une parole engagée, mais respectueuse.
Rappeler que l’école est avant tout une aventure humaine.

Parce que prendre soin de l’école,
c’est avant tout prendre soin de celles et ceux qui la font vivre.

Terminons par quelques questions …

Pourquoi le bien-être à l’école est-il essentiel ?

Le bien-être émotionnel conditionne la concentration, la mémorisation et l’engagement des élèves dans les apprentissages.

Quel est le rôle de la psychopédagogie à l’école ?

La psychopédagogie aide à comprendre les mécanismes d’apprentissage en tenant compte des émotions, du stress et de l’estime de soi.

Comment prévenir le mal-être des élèves ?

Par un accompagnement précoce, la présence de professionnels spécialisés et une approche plus humaine de l’éducation.

Céline PASSARRIUS

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